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vendredi 28 février 2014

The Happy Show





    The Happy Show

Gaîté Lyrique

Du 28 novembre 2013 au 9 mars 2014


  

  Le Happy Show quelle déception....

                J'ai décidé cette semaine d'aller faire un tour dans cet établissement, m'étant resté  jusque ici relativement mystérieux, qu'est la Gaîté Lyrique. Le succès de l'exposition de Stefan Sagmeister, originellement créateur de jaquettes de CD autrichien, est entériné. Et c'est d'ailleurs sous la pression des critiques les plus élogieuses que je me suis conformée à l'idée que le concept était séduisant et que j'allais passer un moment fort agréable dans ce Happy Show

                Le but de l'exposition ne se veut pas une recherche du bonheur mais plutôt une analyse de ses mécanismes à partir de l'expérience et des idées de Stefan Sagmeister. Amour, sexe, argent, drogues, méditation sont ainsi catégorisés, mis en statistiques, en organigrammes sur de grands panneaux jaunes dont écriture grasse et figures en pictogramme rappellent certains outils pédagogiques destinés à l'enseignement des plus jeunes. Ponctués de phrases positives, ces panneaux n'ont qu'un seul but vous montrer que finalement si vous vous reconnaissez là dedans c'est parce que vous êtes un peu le même que tout ces braves gens agglutinés, que vous observez avec le regard du mépris depuis qu'ils vous ont malmené dans les escaliers.


Stefan Sagmeister, Actually Doing The Things I Set Out to Do Increase
My Overall Level of Satisfaction
, 2012
exposition à l'Université de Pennsylvanie 
                Passer un agréable moment, c'était donc sans compter sur cette foule compacte, que fuit à grandes enjambées tout historien de l'art, composée ce jour là des deux pires catégories sociales qui évoluent dans l'univers muséal. J'ai nommé les adolescents hystériques, boutonneux tendance bonnet Wasted vissé sur le crâne et les dames âgées, à qui ma foi on doit le respect des anciens mais qui restent trop proches des panneaux, trop proches des écrans, trop proches de vous et qui ne savent pas bien ce qu'elles sont venues faire dans une exposition consacrée à un bonheur, qu'elles ne le cherchent plus... Imaginez maintenant ces deux entités sociales dans le contexte de l'exposition pour comprendre ce que j'ai pu voir dans My overall level of satisfaction, une pièce où tout le dispositif est basé sur le bénévolat d'un visiteur pédalant comme une dératé sur un vélo fixé à une estrade. Ou comment une idée brillante peut sombrer dans le chaos...




Installation devenue l'archétype de la célèbre
maxime : "Pas de bras, pas de chocolat"
                Bref, pour apprécier le Happy Show il fallait donc jouer des coudes, ce qui me semble déjà d'emblée totalement antinomique avec le concept de bonheur et même de confort. Une part des installations tout au long du parcours est basée sur le bonheur par la récompense et le don, de bonbons, de cartes et même d'argent (par un circuit ingénieux qui fait que les visiteurs du haut ravitaillent en liquidités ceux de l'étage inférieur sans s'en douter). Le problème c'est que vu l'afflux, point de carte, point de bonbons et des plateaux vides. C'est un peu ce qu'on devra retenir de cette exposition...
Un don du néant.


                Il faut cependant tempérer cette critique exacerbée pour souligner que pour une fois, une exposition se veut participative, évolutive, cumulant les supports et surtout éminemment positive. Même si rien de transcendant ne ressort des œuvres de Sagmeister, on y perçoit une vie et une force simple qui est celle du bonheur du quotidien. On notera les séries de photographies comme, Drugs are Fun in the Beginning but becomes a Drag later On ou Everything i Do Comes Back to Me qui sont à mon sens assez réussies, démontrant les talents de graphistes de Sagmeister. L'idée même d'un certaine filiation dans le projet avec pour but ultime la sortie un long métrage, The happy film,  est assez séduisante. En définitive, The Happy Show est loin d'être une mauvaise exposition mais il faudrait pour le comprendre qu'il soit possible de jouir de son contenu.

Everything I do Comes Back to Me, première photographie

C'est là la critique majeure qu'il faut faire à la Gaîté Lyrique. Nous savons tous que le milieu culturel est en souffrance mais est-ce une raison pour ne pas respecter des quotas de nombres de personnes au mètre carré? N'est-il pas contre-performatif d'observer une telle attitude mercantile dans une exposition dont le contenu se veut être une approche du bonheur de l'homme?

                Je suis rentrée chez moi, agacée. En m'asseyant sur mon clic-clac Ikea, j'ai allumé une cigarette et en regardant le ciel de fin d'hiver par la fenêtre, j'ai retrouvé le sourire en me disant que heureusement mon Happy Show à moi était juste là et maintenant.


            

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