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vendredi 1 novembre 2013

La Tour 13 ou de la démocratisation de l'art


La Tour 13, depuis Quai de la Gare, octobre 2013

Après avoir tenté de visiter l'exposition sur le Street art au Musée de la Poste l'été dernier et ayant trouvé un foule bigarrée, compacte et consensuelle à l'entrée du bâtiment, j'ai encore une fois renouvelé cette triste expérience en voulant me rendre à la Tour 13.

          Un petit panneau devant l'édifice annonce sardoniquement "3 heures d'attente à partir de ce point". De quoi vous donner des relents d'Edward Hopper au Grand Palais ou des heures de pointe de l'exposition Dali à Pompidou.

           Non content de faire le tour du web avec des teaser et tout le toutim, cette tour investie par des street artists, devenus des bons praticiens indoor pour l'occasion, fait le buzz sur les réseaux sociaux engendrant des adhésions par milliers. Ah ça on a su créer l’événement, vous n'avez qu'un mois avant la destruction pour visiter ce que certaines brèves osent nommer "la Sixtine du street art".

     L'expérience d'investir un immeuble de la sorte n'est pas nouvelle et on peut se féliciter que lors de sa décoration il y a quelques années La Jarry n'ai pas suscité le même engouement permettant aux amateurs éclairés ou simples passants de bénéficier d'un espace vital suffisant à la visite sans être confrontés à un staff de vigiles en très seyants Kway orange.

     On peut louer ce processus de démocratisation culturelle, apprécier que le mouvement autrefois marginal du street art devienne la voix du consensus, l'art d'une époque...On peut aussi la dénigrer cordialement et constater que l'art de masse perdure comme une réalité de nos sociétés.

      La définition que Robert Hamilton donna voilà 60 ans du pop art " populaire, éphémère, consommable, spirituel, sexy, futé, séduisant, du big buisness" semble indécrottable d'une partie de la création contemporaine.

       Admettre que la banalisation de l'art entraîne une perte de sens et de valeur est probablement à contre-courant mais il s'agit du seul rempart existant contre certaines foules toujours plus nombreuses de moutons de Panurge consommant de l'art, comme il consomme le nouveau jus édition limité Tropicana.

      Ce qui aurait pu être une belle expérience est venu confirmer mes pires craintes d'historienne de l'art.

Je n'irai plus voir d'exposition de street art, l'oxymore a fini par me lasser....